— Et qu'y trouvez-vous? demanda Aramis avec hauteur.

Le sang monta aussitôt aux tempes de d'Artagnan, qui se leva et répondit:

— Je trouve que ce sont bien ceux d'un élève des jésuites.

En voyant d'Artagnan se lever, Porthos s'était levé aussi. Les quatre hommes se retrouvaient donc debout et menaçants en face les uns des autres.

À la réponse de d'Artagnan, Aramis fit un mouvement comme pour porter la main à son épée.

Athos l'arrêta.

— D'Artagnan, dit-il, vous venez ce soir ici encore tout furieux de notre aventure d'hier. D'Artagnan, je vous croyais assez grand coeur pour qu'une amitié de vingt ans résistât chez vous à une défaite d'amour-propre d'un quart d'heure. Voyons, dites cela à moi. Croyez-vous avoir quelque chose à me reprocher? Si je suis en faute, d'Artagnan, j'avouerai ma faute.

Cette voix grave et harmonieuse d'Athos avait toujours sur d'Artagnan son ancienne influence, tandis que celle d'Aramis, devenue aigre et criarde dans ses moments de mauvaise humeur, l'irritait. Aussi répondit-il à Athos:

— Je crois, monsieur le comte, que vous aviez une confidence à me faire au château de Bragelonne, et que monsieur, continua-t-il en désignant Aramis, en avait une à me faire à son couvent; je ne me fusse point jeté alors dans une aventure où vous deviez me barrer le chemin; cependant, parce que j'ai été discret, il ne faut pas tout à fait me prendre pour un sot. Si j'avais voulu approfondir la différence des gens que M. d'Herblay reçoit par une échelle de corde avec celle des gens qu'il reçoit par une échelle de bois, je l'aurais bien forcé de me parler.

— De quoi vous mêlez-vous? s'écria Aramis, pâle de colère au doute qui lui vint dans le coeur qu'épié par d'Artagnan, il avait été vu avec madame de Longueville.