En effet, on conduisait Rochefort par le petit escalier, au lieu de le faire passer par l'antichambre, où attendait d'Artagnan. Dans la cour, il trouva son carrosse et ses quatre hommes d'escorte; mais il chercha vainement son ami.

— Ah! ah! se dit en lui-même Rochefort, voilà qui change terriblement la chose! et s'il y a toujours un aussi grand nombre de populaire dans les rues, eh bien! nous tâcherons de prouver au Mazarin que nous sommes encore bon à autre chose, Dieu merci! qu'à garder un prisonnier.

Et il sauta dans le carrosse aussi légèrement que s'il n'eût eu que vingt-cinq ans.

IV. Anne d'Autriche à quarante-six ans

Resté seul avec Bernouin, Mazarin demeura un instant pensif; il en savait beaucoup, et cependant il n'en savait pas encore assez. Mazarin était tricheur au jeu; c'est un détail que nous a conservé Brienne: il appelait cela prendre ses avantages. Il résolut de n'entamer la partie avec d'Artagnan que lorsqu'il connaîtrait bien toutes les cartes de son adversaire.

— Monseigneur n'ordonne rien? demanda Bernouin.

— Si fait, répondit Mazarin; éclaire-moi, je vais chez la reine.

Bernouin prit un bougeoir et marcha le premier.

Il y avait un passage secret qui aboutissait des appartements et du cabinet de Mazarin aux appartements de la reine; c'était par ce corridor que passait le cardinal pour se rendre à toute heure auprès d'Anne d'Autriche.

En arrivant dans la chambre à coucher où donnait ce passage, Bernouin rencontra madame Beauvais. Madame Beauvais et Bernouin étaient les confidents intimes de ces amours surannées; et madame Beauvais se chargea d'annoncer le cardinal à Anne d'Autriche, qui était dans son oratoire avec le jeune Louis XIV.