Anne d'Autriche, assise dans un grand fauteuil, le coude appuyé sur une table et la tête appuyée sur sa main, regardait l'enfant royal, qui, couché sur le tapis, feuilletait un grand livre de bataille. Anne d'Autriche était une reine qui savait le mieux s'ennuyer avec majesté; elle restait quelquefois des heures ainsi retirée dans sa chambre ou dans son oratoire, sans lire ni prier.

Quant au livre avec lequel jouait le roi, c'était un Quinte- Curce enrichi de gravures représentant les hauts faits d'Alexandre.

Madame Beauvais apparut à la porte de l'oratoire et annonça le cardinal de Mazarin.

L'enfant se releva sur un genou, le sourcil froncé, et regardant sa mère:

— Pourquoi donc, dit-il, entre-t-il ainsi sans faire demander audience?

Anne rougit légèrement.

— Il est important, répliqua-t-elle, qu'un premier ministre, dans les temps où nous sommes, puisse venir rendre compte à toute heure de ce qui se passe à la reine, sans avoir à exciter la curiosité ou les commentaires de toute la cour.

— Mais il me semble que M. de Richelieu n'entrait pas ainsi, répondit l'enfant implacable.

— Comment vous rappelez-vous ce que faisait M. de Richelieu? vous ne pouvez le savoir, vous étiez trop jeune.

— Je ne me le rappelle pas, je l'ai demandé, on me l'a dit.