— Et qui vous a dit cela? reprit Anne d'Autriche avec un mouvement d'humeur mal déguisé.

— Je sais que je ne dois jamais nommer les personnes qui répondent aux questions que je leur fais, répondit l'enfant, ou que sans cela je n'apprendrai plus rien.

En ce moment Mazarin entra. Le roi se leva alors tout à fait, prit son livre, le plia et alla le porter sur la table, près de laquelle il se tint debout pour forcer Mazarin à se tenir debout aussi.

Mazarin surveillait de son oeil intelligent toute cette scène, à laquelle il semblait demander l'explication de celle qui l'avait précédée.

Il s'inclina respectueusement devant la reine et fit une profonde révérence au roi, qui lui répondit par un salut de tête assez cavalier; mais un regard de sa mère lui reprocha cet abandon aux sentiments de haine que dès son enfance Louis XIV avait vouée au cardinal, et il accueillit le sourire sur les lèvres le compliment du ministre.

Anne d'Autriche cherchait à deviner sur le visage de Mazarin la cause de cette visite imprévue, le cardinal ordinairement ne venant chez elle que lorsque tout le monde était retiré.

Le ministre fit un signe de tête imperceptible; alors la reine s'adressant à madame Beauvais:

— Il est temps que le roi se couche, dit-elle, appelez Laporte.

Déjà la reine avait dit deux ou trois fois au jeune Louis de se retirer, et toujours l'enfant avait tendrement insisté pour rester; mais cette fois, il ne fit aucune observation, seulement il se pinça les lèvres et pâlit.

Un instant après, Laporte entra.