— Ce secret n'est pas le nôtre, Aramis; croyez-moi donc, ne mettons personne dans notre confidence. Puis, en faisant une pareille démarche, nous paraîtrions douter de nous-mêmes. Regrettons à part nous, mais ne parlons pas.

— Vous avez raison. Que ferez-vous d'ici à ce soir? Moi je suis forcé de remettre deux choses.

— Est-ce choses qui puissent se remettre?

— Dame! il le faudra bien.

— Et quelles étaient-elles?

— D'abord un coup d'épée au coadjuteur, que j'ai rencontré hier soir chez madame de Rambouillet, et que j'ai trouvé monté sur un singulier ton à mon égard.

— Fi donc! une querelle entre prêtres! un duel entre alliés!

— Que voulez-vous, mon cher! il est ferrailleur, et moi aussi; il court les ruelles, et moi aussi; sa soutane lui pèse, et j'ai, je crois, assez de la mienne; je crois parfois qu'il est Aramis et que je suis le coadjuteur, tant nous avons d'analogie l'un avec l'autre. Cette espèce de Sosie m'ennuie et me fait ombre; d'ailleurs, c'est un brouillon qui perdra notre parti. Je suis convaincu que si je lui donnais un soufflet, comme j'ai fait ce matin à ce petit bourgeois qui m'avait éclaboussé, cela changerait la face des affaires.

— Et moi, mon cher Aramis, répondit tranquillement Athos, je crois que cela ne changerait que la face de M. de Retz. Ainsi, croyez-moi, laissons les choses comme elles sont: d'ailleurs, vous ne vous appartenez plus ni l'un ni l'autre: vous êtes à la reine d'Angleterre et lui à la Fronde; donc, si la seconde chose que vous regrettez de ne pouvoir accomplir n'est pas plus importante que la première…

— Oh! celle-là était fort importante.