Et sur ce ils se quittèrent. Athos alla faire une visite à madame de Vendôme, déposa son nom chez madame de Chevreuse, et écrivit à d'Artagnan la lettre suivante:

«Cher ami, je pars avec Aramis pour une affaire d'importance. Je voudrais vous faire mes adieux, mais le temps me manque. N'oubliez pas que je vous écris pour vous répéter combien je vous aime.

«Raoul est allé à Blois, et il ignore mon départ; veillez sur lui en mon absence du mieux qu'il vous sera possible, et si par hasard vous n'avez pas de mes nouvelles d'ici à trois mois, dites-lui qu'il ouvre un paquet cacheté à son adresse, qu'il trouvera à Blois dans ma cassette de bronze, dont je vous envoie la clef.

«Embrassez Porthos pour Aramis et pour moi. Au revoir, peut-être adieu.»

Et il fit porter la lettre par Blaisois.

À l'heure convenue, Aramis arriva: il était en cavalier et avait au côté cette ancienne épée qu'il avait tirée si souvent et qu'il était plus que jamais prêt à tirer.

— Ah çà! dit-il, je crois que décidément nous avons tort de partir ainsi, sans laisser un petit mot d'adieu à Porthos et à d'Artagnan.

— C'est chose faite, cher ami, dit Athos, et j'y ai pourvu; je les ai embrassés tous deux pour vous et pour moi.

— Vous êtes un homme admirable, mon cher comte, dit Aramis, et vous pensez à tout.

— Eh bien! avez-vous pris votre parti de ce voyage?