— La révolte est chez ceux qui pensent que mon peuple puisse se révolter! s'écria Anne incapable de dissimuler devant le coadjuteur, qu'elle regardait à bon titre peut-être, comme le promoteur de toute cette émotion. La révolte, voilà comment appellent ceux qui la désirent le mouvement qu'ils ont fait eux- mêmes; mais, attendez, attendez, l'autorité du roi y mettra bon ordre.
— Est-ce pour me dire cela, Madame, répondit froidement Gondy, que Votre Majesté m'a admis à l'honneur de sa présence?
— Non, mon cher coadjuteur, dit Mazarin, c'était pour vous demander votre avis dans la conjoncture fâcheuse où nous nous trouvons.
— Est-il vrai, demanda de Gondy en feignant l'air d'un homme étonné, que Sa Majesté m'ait fait appeler pour me demander un conseil?
— Oui, dit la reine, on l'a voulu.
Le coadjuteur s'inclina.
— Sa Majesté désire donc…
— Que vous lui disiez ce que vous feriez à sa place, s'empressa de répondre Mazarin.
Le coadjuteur regarda la reine, qui fit un signe affirmatif.
— À la place de Sa Majesté, dit froidement Gondy, je n'hésiterais pas, je rendrais Broussel.