— Et si je ne le rends pas, s'écria la reine, que croyez-vous qu'il arrive?

— Je crois qu'il n'y aura pas demain pierre sur pierre dans
Paris, dit le maréchal.

— Ce n'est pas vous que j'interroge, dit la reine d'un ton sec et sans même se retourner, c'est M. de Gondy.

— Si c'est moi que Sa Majesté interroge, répondit le coadjuteur avec le même calme, je lui dirai que je suis en tout point de l'avis de monsieur le maréchal.

Le rouge monta au visage de la reine, ses beaux yeux bleus parurent prêts à lui sortir de la tête; ses lèvres de carmin, comparées par tous les poètes du temps à des grenades en fleur, pâlirent et tremblèrent de rage: elle effraya presque Mazarin lui- même, qui pourtant était habitué aux fureurs domestiques de ce ménage tourmenté:

— Rendre Broussel! s'écria-t-elle enfin avec un sourire effrayant: le beau conseil, par ma foi! On voit bien qu'il vient d'un prêtre!

Gondy tint ferme. Les injures du jour semblaient glisser sur lui comme les sarcasmes de la veille; mais la haine et la vengeance s'amassaient silencieusement et goutte à goutte au fond de son coeur. Il regarda froidement la reine, qui poussait Mazarin pour lui faire dire à son tour quelque chose.

Mazarin, selon son habitude, pensait beaucoup et parlait peu.

— Hé! hé! dit-il, bon conseil d'ami. Moi aussi je le rendrais, ce bon monsou Broussel, mort ou vif, et tout serait fini.

— Si vous le rendiez mort, tout serait fini, comme vous dites,
Monseigneur, mais autrement que vous ne l'entendez.