— Non, non! il y a trop longtemps que je lutte; s'ils m'ont vendu, qu'ils me livrent, et que la honte éternelle de leur trahison retombe sur eux.
— Sire, dit Athos, peut-être est-ce ainsi que doit agir un roi, mais ce n'est point ainsi que doit agir un époux et un père. Je suis venu au nom de votre femme et de votre fille, et, au nom de votre femme et de votre fille et des deux autres enfants que vous avez encore à Londres, je vous dis: Vivez, sire, Dieu le veut!
Le roi se leva, resserra sa ceinture, ceignit son épée, et essuyant d'un mouchoir son front mouillé de sueur:
— Eh bien! dit-il, que faut-il faire?
— Sire, avez-vous dans toute l'armée un régiment sur lequel vous puissiez compter?
— De Winter, dit le roi, croyez-vous à la fidélité du vôtre?
— Sire, ce ne sont que des hommes, et les hommes sont devenus bien faibles ou bien méchants. Je crois à leur fidélité, mais je n'en réponds pas; je leur confierais ma vie, mais j'hésite à leur confier celle de Votre Majesté.
— Eh bien! dit Athos, à défaut de régiment, nous sommes trois hommes dévoués, nous suffirons. Que Votre Majesté monte à cheval, qu'elle se place au milieu de nous, nous traversons la Tyne, nous gagnons Écosse, et nous sommes sauvés.
— Est-ce votre avis, de Winter? demanda le roi.
— Oui, sire.