—Tu ignores cela, enfant?
—Eh! savais-je quelque chose!... Quand j'ai suivi Lucius, me suis-je informée de César? Que me faisait l'empereur, à moi? C'était un simple artiste que j'aimais, à qui j'offrais ma vie, croyant qu'il pouvait me donner la sienne! Mais quelle est donc cette femme?...
—Une fille qui a renié son père, une épouse qui a trahi son époux!... une femme fatalement belle, à qui les dieux ont tout donné, excepté un cœur: Sabina Poppaea.
—Oh! oui, oui, j'ai entendu prononcer ce nom. J'ai entendu raconter cette histoire, quand j'ignorais qu'elle deviendrait la mienne. Mon père, ne sachant pas que j'étais là, la disait tout bas à un autre vieillard, et ils en rougissaient tous deux! Cette femme n'avait-elle pas quitté Crispinus, son époux, pour suivre Othon, son amant?... Et son amant, à la suite d'un dîner, ne la vendit-il pas à César pour le gouvernement de la Lusitanie?
—C'est cela! c'est cela! s'écria Agrippine.
—Et il l'aime!... il l'aime encore! murmura douloureusement Acté.
—Oui, reprit Agrippine, avec l'accent de la haine oui, il l'aime encore, oui, il l'aime toujours, car il y a là-dessous quelque mystère, quelque philtre, quelque hippomane maudit, comme celui qui fut donné par Césonie à Caligula!...
—Justes dieux! s'écria Acté, suis-je assez punie? suis-je assez malheureuse!...
—Moins malheureuse et moins punie que moi, reprit Agrippine, car tu étais libre de ne pas le prendre pour amant, et moi, les dieux me l'ont imposé pour fils. Eh bien! comprends-tu maintenant ce qui te reste à faire?
—À m'éloigner de lui, à ne plus le revoir.