Mais je vais diminuer deux de tes champions et m'augmenter de ce que je leur ôterai.

D'abord, Hérodote, malgré une véracité reconnue, commet une erreur dans le passage que tu cites de lui; il affirme que le lotus descend sous l'eau au coucher du soleil.—C'est une chose que l'on dit généralement de tous les nymphaeas;—mais il y a vingt ans que je les regarde, et j'affirme qu'ils ne redescendent sous l'eau que lorsqu'ils ont perdu leur fraîcheur, et vont s'occuper de mûrir leurs graines; un soir, en effet, le nymphaea, qui comme le dit Hérodote, renferme chaque soir sa corolle, redescend sous l'eau, c'est vrai, mais il ne remonte pas le lendemain.—La fleur pense, comme la marquise de Lambert, qu'il faut quitter les salons quand on ne peut plus les orner; elle va, loin des yeux, s'occuper dans la retraite de sa future famille.

Or, un témoin qui commet une erreur sur un point connu, rend très-suspect son témoignage sur un point en litige.

D'autre part, je t'ai compté comme nul le témoignage de M. Lamaout; mais il ne t'appuie qu'à moitié; son lotus de la page 319 est blanc et rose;—il ne ressemble donc pas « aux neiges de l'Himalaya, » —mais à une glace de chez Tortoni,—crème et framboise.

Et je ne parle pas des Chinois, qui sont de mon avis;—les Chinois, ce grand peuple de faïence qui est en train de se casser.

Elle est belle, ta preuve!

Supposons cependant que tu aies prouvé que le lotus « est blanc comme la neige de l'Himalaya. »

Tu resterais encore avoir inventé lotus à pétales transparents,—car tous les autres ont la feuille épaisse et mate:—ça serait déjà bien gentil!

Remarque que, plus généreux que toi, je ne te reproche pas d'avoir dit pétales transparen_tes_; toi qui me tances si rudement pour une rose mousseuse, que dirais-tu, si je répondais: « Mousseuse? Faute d'impression comme transparen_tes_.»

Mais non, j'ai écrit mousseuse, et je vais me défendre sur ce point, maintenant que je t'ai un peu replanté dans mon jardin,—me réservant de t'y planter définitivement tout à l'heure.