Puis, se tournant vers les volontaires:

—Mes amis, leur dit-il, vous avez bien voulu me reconnaître pour votre chef; or c'est au chef de se préoccuper de la nourriture de ses soldats.

—Ah ça! c'est bien ici, n'est-ce pas? répéta le paysan.

—Eh! oui, idiot.

—Mais, mon sergent, dit un homme de la troupe après s'être consulté avec deux ou trois de ses camarades, il en est quelques-uns de nous qui n'ont point d'argent et qui comptaient sur l'argent du gouvernement pour nous défrayer en route; nous aimons mieux vous dire cela tout de suite, sergent, que de vous voir nous traiter en grands seigneurs, quand nous ne sommes que de pauvres diables.

—Que cela ne vous inquiète pas, mes chers camarades, dit Jacques Mérey qui reprenait sa gaieté au fur à mesure qu'il se rapprochait du moment où il allait revoir Éva;—de même que je suis chargé de la nourriture de ma troupe, je suis chargé de sa paye. Quand vous serez arrivé à destination, vous recevrez votre arriéré et nous réglerons tout cela. En attendant, à table!

La table fut un beau tapis vert où chacun se coucha pour manger à la manière romaine.

Pris à l'improviste, il n'y avait point de profusion dans ce qu'envoyait l'aubergiste de la Lune, mais il y avait assez.

Le déjeuner fut d'autant plus gai qu'il était plus inattendu; chacun y puisa des forces pour continuer son chemin. Un boiteux qui s'était donné une entorse le matin, prit l'âne et tout alla à merveille.

Le gamin seul se prétendait lésé, attendu, disait-il, que c'était à lui que l'âne devait appartenir; mais un verre de vin et un assignat de dix sous lui rendirent sa belle humeur.