Il était près d'une heure du matin quand le dernier discours fut achevé.
Après chaque discours, les cris de Vive Marat! Mort aux jacobins! s'élançaient de dix mille bouches et venaient me frapper au cœur.
Beaucoup demandaient que Charlotte Corday fût amenée et égorgée sur la tombe fraîche. Danton avait beau me rassurer, à chaque mouvement dans les groupes je me figurais que c'était elle qu'on était allé chercher à l'Abbaye et que l'on amenait victime expiatoire.
Nous rentrâmes à Sèvres au jour. J'étais brisée de terreur.
VII
Nous étions au 18 juillet; depuis quatre jours Marat était mort, depuis quatre jours Charlotte était arrêtée.
On commençait à crier dans les rues de Paris que le procès était bien long; on se demandait ce que faisaient les juges.
La nouvelle qu'elle avait été conduite à la Conciergerie avait donné bonne espérance aux maratistes. On savait que le séjour que faisaient les prisonniers à la Conciergerie n'était jamais bien long.
Charlotte devait comparaître ce jour même devant le tribunal révolutionnaire.
Danton s'était pris d'enthousiasme pour cette âme romaine; il voulut assister au jugement.