Je m'empressai de demander quel âge avait le prisonnier.
Jacinthe me répondit qu'il était tellement défait par la fatigue et les privations qu'il était impossible de deviner son âge; seulement elle avait entendu dire que c'était un de ceux qui, proscrits le 31 mai et le 2 juin avec les girondins, étaient parvenus à se sauver.
Alors il me vint à la fois une espérance et une douleur, c'est que ce proscrit c'était toi, mon bien-aimé Jacques. J'envoyai chercher une voiture, je fis monter Jacinthe avec moi, et nous partîmes à l'instant même pour Clamart, quoique je susse bien qu'il n'y était pas, mais je ne voulais perdre aucun des renseignements que je voulais recueillir.
Dès Clamart, je commençai à douter que ce fût toi; le signalement qu'on me donna du prisonnier était loin de se rapporter au tien; mais la souffrance fait de tels ravages en nous que je n'en continuai pas moins ma recherche.
Nous arrivâmes vers le soir à Bourg-la-Reine; le prisonnier était au cachot, et il devait être ramené le lendemain à Paris.
Nous couchâmes dans un petit hôtel, où j'attendis avec impatience le jour sans me coucher et sans dormir.
Là on m'avait confirmé la nouvelle que le prisonnier, caché depuis près d'un an, soit en France, soit à l'étranger, avait été pris lorsqu'il essayait de rentrer dans Paris.
Ils se trompaient. C'est au moment où il essayait d'en sortir, au contraire.
Au point du jour, j'ouvris la fenêtre. Il y avait un grand tumulte dans le village; tout le monde courait du côté de la prison.
J'y envoyai Jacinthe. Je sentais que les forces m'auraient manqué.