Jacinthe revint tout effarée.

Le prisonnier s'était empoisonné pendant la nuit; on l'avait trouvé mort dans son lit.

Tant que je le savais vivant, les forces, comme je l'ai dit, m'avaient manqué; mais lui mort, je n'eus plus un instant d'hésitation.

En arrivant à la prison, nous apprîmes son nom. C'était un nom que j'avais entendu prononcer bien souvent, et avec respect, par Danton et par Camille Desmoulins. Il s'appelait Condorcet.

Je voulus le voir.

Nous entrâmes dans la prison; il était couché sur son lit. On eût dit qu'il dormait.

C'était un homme de cinquante-cinq ans à peu près; presque chauve; une figure grave, douce et pleine de noblesse.

Je me penchai sur son lit, et je le regardai longtemps.

C'était donc cela, la mort!

Pour la seconde fois, je fus prise d'un sentiment de profonde envie. Ce repos ne valait-il pas mille fois mieux que la vie agitée et sans espoir que je menais! Pourquoi continuer cette vie! Pour apprendre un jour ou l'autre ta mort, comme madame de Condorcet allait apprendre celle de son mari. Sans doute c'était un poison bien doux et bien facile que celui qui lui avait donné une mort si calme. Il en fallait bien peu aussi; car on montrait la bague dans laquelle il était enfermé.