Un homme est trouvé endormi dans une des tribunes de la Convention.

—Que faites-vous ici? lui demande-t-on.

—J'étais venu pour tuer Robespierre; mais, comme il parlait, je me suis endormi.

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J'ai eu la visite de madame de Condorcet, qui est venue me faire ses remerciements.

C'est une virginale figure, que Raphaël aurait prise pour type de la métaphysique. Elle a trente-trois ans. Elle a d'abord été chanoinesse. Ce n'est pas pour revenir près d'elle que Condorcet s'est exposé à être pris, c'était pour s'en éloigner, au contraire; il était caché rue Servandoni, et, une fois par semaine, tremblante et le cœur brisé, elle allait le voir.

Il s'effraya des dangers que courait sa femme. Il s'était fait donner par Cabanis un poison sûr. Comme moi, il avait fixé un terme à son supplice. Il devait terminer son livre du Progrès de l'esprit humain. Le 6 avril, il écrivit la dernière ligne dans la nuit, et, au point du jour, il partit.

Il n'alla pas loin, comme on voit. À Clamart, il fut reconnu; à Bourg-la-Reine, il s'empoisonna.

Il était réservé à cette pauvre femme triste jusqu'à la mort, comme dit l'Évangile, de me donner un moment de joie.

Elle sait qu'il reste encore quatre girondins cachés, deux à Bordeaux, deux dans la grotte de Saint-Émilion.