Sait-il que la mort est à deux pas de lui?

Sait-il qu'un mauvais petit mur le sépare seul de l'enclos aride du lit de chaux vive et dévorante où il a couché Danton, Camille Desmoulins, Hérault de Séchelles, Fabre d'Églantine? Est-ce un défi qu'il jette aux morts comme il l'a jeté aux vivants?

Il marchait vite, ses compagnons avaient peine à le suivre. Les yeux clignotant, les muscles de la face agités, épuisé, maigri, où va-t-il donc ainsi et quand s'arrêtera-t-il?

Il est temps cependant. À force de voir guillotiner des femmes et des enfants, la peur de la guillotine a passé.

Le journal de Prudhomme, le seul qui reste, et qui après avoir cessé vient de reparaître, racontait, il y a quelques jours, qu'un curieux, en revenant de voir fonctionner l'échafaud, demandait à son voisin:

—Que pourrais-je bien faire pour être guillotiné?

L'autre jour, un des condamnés lisait quand on l'appela. Il se laissa faire sa toilette tout en lisant, continua de lire jusqu'à l'échafaud, au pied de la guillotine, mit le signet, posa le livre sur le banc de la charrette, puis donna ses bras à lier.

Avant-hier, c'est Jacinthe qui m'a raconté cela, cinq prisonniers échappent aux gendarmes, non pas pour se sauver, mais pour aller une fois encore au Vaudeville.

L'un des cinq revient au tribunal qui l'a condamné:

—Pouvez-vous me dire où sont mes gendarmes? je les ai perdus.