Eh bien! mon ami, dans notre époque où rien n'est solide, la fosse a atteint la fragilité de toutes les choses humaines.

Cette grande pitié inspirée par la mort des femmes, et qui après la mort de Lucile s'est écriée: C'est trop!

Eh bien! elle s'est éteinte.

Comment n'en serait-il pas ainsi? Les charrettes, jusqu'à Danton et Lucile, étaient de vingt ou vingt-cinq condamnés; aujourd'hui elles sont de soixante.

C'est une maladie aiguë qui est devenue chronique.

La guillotine a l'habitude de prendre son repas de deux à six heures du soir; on vient la voir manger comme les animaux féroces du Jardin des Plantes. À une heure, les charrettes se mettent en route pour lui apporter sa viande.

Au lieu de quinze à vingt bouchées qu'elle faisait, elle en fait cinquante ou soixante, voilà tout: l'appétit lui est venu en mangeant.

Aujourd'hui c'est une sorte de routine, une mécanique arrangée.

Fouquier-Tinville tourne la roue et se grise en la tournant. Il y a deux jours, il a proposé de mettre la guillotine dans le théâtre même.

Mais tout cela fait des morts, et aux morts il faut des cimetières.