La foule continuait à hurler contre eux et à me plaindre; elle était devenue si épaisse que les gendarmes qui précédaient les charrettes ne purent leur ouvrir un chemin. Il fallut que de la place de la Révolution, où il veillait près de l'échafaud, le général Henriot en personne se détachât, le sabre à la main, et, suivi de cinq ou six gendarmes, ouvrît la voie avec des jurements terribles.

Son cheval était lancé si brutalement que, de l'élan que lui avait donné son cavalier, renversant femmes et enfants, il pénétra jusqu'à la dernière charrette.

Il me vit debout au milieu de tous ces hommes agenouillés.

—Pourquoi n'es-tu pas à genoux comme les autres? me demanda-t-il.

Le forçat qui m'avait dit de prier pour eux entendit la question et se redressa:

—Parce que nous sommes coupables et qu'elle est innocente, parce que nous sommes faibles et qu'elle est forte, parce que nous pleurons et qu'elle nous console.

—Bon! cria Henriot, encore quelque héroïne comme Charlotte Corday ou madame Roland; je croyais pourtant bien que nous étions débarrassés de toutes ces viragos.

Puis aux charretiers:

—Allons, dit-il, le chemin est libre, marchez!

Et les charrettes se remirent en marche.