Le capitaine demande à l'aubergiste quelle est cette jolie femme qui sort de chez lui et qui n'a pas voulu dire son nom.
L'aubergiste la regarde s'éloigner; il ne la connaît pas; elle n'est pas de Bordeaux.
Le capitaine raconte à son hôte qu'elle vient de lui apporter les trois mille francs qu'il attendait et qu'il va partir.
Et, en effet, il règle son compte et part.
L'aubergiste était robespierriste; il court au comité et dénonce la citoyenne ***. Il voudrait bien dire son nom, mais il ne le sait pas. Il sait seulement qu'elle est très-jeune et très-jolie.
En revenant du comité, il traverse la place du Théâtre et voit la marquise de Fontenay se promener au bras de son oncle Cabarrus. Il reconnaît la femme mystérieuse, il confie le secret à trois ou quatre amis terroristes comme lui, et tous se mettent à suivre Terezia en criant:
—La voilà! la voilà celle qui donne de l'argent aux Anglais pour sauver les aristocrates!
Les terroristes se jettent sur elle et l'arrachent au bras de son oncle.
Peut-être allait-on la mettre en morceaux sur place, sans forme de procès, lorsqu'un jeune homme de vingt-quatre à vingt-cinq ans, beau, portant admirablement le costume des députés en mission, voit du balcon de son appartement ce qui se passe sur la place, se précipite dehors, fend la foule, arrive à Terezia, lui prend le bras et dit:
—Je suis le représentant Tallien. Je connais cette femme. Si elle est coupable, elle appartient à la justice; si elle ne l'est pas, frapper une femme, et une femme innocente, serait un double crime; sans compter, ajoute-t-il, ce qu'il y a de lâche à maltraiter une femme!