Madame Tallien était à sa toilette lorsque Barras l'introduisit au salon, où je me trouvais seule. Il laissa Talma avec moi et monta pour hâter la toilette de Terezia, ce qui n'était pas une petite affaire.

J'étais très émue, non pas de l'idée de me trouver en tête-à-tête avec un comédien, mais à celle d'avoir à répondre à un homme de génie. Il s'avança vers moi, me salua gracieusement, et me demanda si c'était moi qui voulais prendre de lui des leçons.

À un homme comme vous, monsieur Talma, lui répondis-je, on ne demande pas des leçons, mais des conseils.

Il s'inclina.

—M'avez-vous vu jouer? me demanda-t-il.

—Non, monsieur, lui répondis-je; je vais même vous faire un aveu étrange pour une personne de mon âge, avide d'instruction et de plaisirs; je n'ai jamais été au spectacle.

—Comment! mademoiselle, dit Talma, vous n'avez jamais été au spectacle? mais si nous ne sortions pas d'une révolution, je vous demanderais si vous sortez d'un couvent.

Je me mis à rire.

—Monsieur, lui dis-je, je n'ai jamais osé, ignorante comme je suis en question d'art, désirer vous voir. C'est Terezia qui est la coupable. Mon éducation diffère complètement de celle des autres femmes. Je n'ai jamais été au couvent, et je n'ai jamais été au spectacle. Vous dire que les chefs-d'œuvre de nos grands maîtres me soient étrangers, oh! non, je les sais par cœur, quoiqu'ils ne me satisfassent point.

—Pardon, me-dit Talma, mais vous me paraissez bien jeune encore, mademoiselle.