—J'ai dix-sept ans.

—Et vous avez déjà des idées faites?

—Je ne sais pas, monsieur, ce que vous appelez des idées faites; je juge avec mes sensations. Je crois que les grandes émotions viennent, au théâtre, des grandes passions. L'amour, à ce qu'il m'a semblé, était une des passions les plus tragiques. Eh bien, je trouve que la façon dont nos poëtes dramatiques expriment l'amour contient plus de rhétorique amoureuse que de vérité du cœur.

—Excusez-moi, mademoiselle, reprit Talma, mais vous parlez d'art comme si vous professiez l'art vrai.

—Il y a donc un art vrai et un art faux? lui demandai-je.

—J'ose à peine l'avouer, moi qui suis tour à tour appelé à représenter Corneille, Racine et Voltaire; mais parlez-vous une autre langue que la nôtre, mademoiselle?

—Je parle l'anglais et l'allemand.

—Mais comment parlez-vous anglais et allemand? comme une pensionnaire.

Je rougis du doute du grand artiste sur ma philologie.

—Je parle anglais et allemand comme une Anglaise et comme une Allemande, répondis-je.