Lui-même alors, voulant ramener la conversation sur cet objet, parut embarrassé devant Éva, balbutia quelques paroles qu'il n'acheva point, comme s'il eût craint de lui faire une trop grande peine et de lui demander quelque chose au delà de ses forces; aussi ce fut elle-même qui vint au secours de ses désirs.
Un soir qu'il paraissait plus troublé encore que d'habitude, elle s'agenouilla devant lui et, lui prenant les mains:
—Mon ami, dit-elle, vous avez quelque chose à me dire et vous n'osez point. Voyons, parlez, dites-moi tout, fût-ce mon arrêt de mort. Vous le savez, tout ce qui viendra de votre bouche me sera cher.
—Éva, dit Jacques, il va falloir nous séparer pour quelques jours.
Elle tressaillit et sourit tristement.
—Jacques, dit-elle, notre vraie séparation date du jour où vous ne m'avez plus aimée.
—Et cependant, continua Jacques, si vous le vouliez, nous ne nous séparerions pas, même pour ces quelques jours.
—Comment cela? dit-elle vivement.
—Je vais à Paris pour faire des achats, la personne est orpheline, n'a point de parente qui puisse me guider dans l'achat des choses agréables à une femme.
—Eh bien, Jacques, demanda Éva, le cœur gonflé de sanglots, mais commandant encore à son émotion, ne suis-je pas là, moi?