Quelle autre main que la main de la Suède écrivait sur la table du successeur du grand Gustave: «Point de guerre avec la France»?
C'est qu'à cette époque chacun savait bien qu'en travaillant pour elle, elle travaillait pour le monde!
Toute son ambition se bornait à reprendre Liége et la Savoie, deux provinces de France, puisqu'elles parlent la même langue qu'elle.
Des autres puissances, elle ne voulait rien, rien prendre ni rien accepter.
Aussi, en 91, relevait-elle la tête; elle avait le sentiment de sa puissante et féconde virginité.
Elle savait bien que par cet amour des peuples elle assumait sur elle la haine des rois. Les haines principales lui venaient de la Russie, de l'Angleterre, de l'Autriche.
Catherine, que Diderot appelait la grande Catherine, que Voltaire appelait la Sémiramis du Nord, cette étoile polaire qui, pour faire la lumière, devait se substituer au soleil de Louis XIV; Catherine, la Messaline russe, qui, de plus que la Messaline romaine, avait assassiné son Claude; Catherine, qui par le Scythe Souvarov avait accompli les massacres d'Ismaël et de Raya, qui avait déjà dévoré une partie de la Pologne et qui s'apprêtait à dévorer l'autre; Catherine, qui, dépassant Pasiphaé, avait une armée pour amant, selon la terrible expression de Michelet; Catherine, insatiable abîme qui ne disait jamais: Assez! Catherine, le jour de la prise de la Bastille, avait reçu un soufflet en pleine face.
La tyrannie allait donc avoir une barrière.
Aussi écrivait-elle à Léopold pour lui demander comment il ne vengeait pas les insultes journalières faites à sa sœur Marie-Antoinette.
Aussi avait-elle renvoyé sans l'ouvrir la lettre par laquelle Louis XVI lui annonçait qu'il acceptait la Constitution.