La nouvelle fut terrible aux Parisiens quand ils la lurent dans les bulletins officiels. Mais la terreur fut plus grande encore quand, l'armoire de fer forcée, on eut connaissance d'une lettre adressée à la reine dans laquelle on lui annonçait avec joie que les tribunaux arrivaient derrière les armées, et que les émigrés réunis à l'armée du roi de Prusse, déjà en possession de Longwy, instruisaient le procès de la Révolution et préparaient les potences destinées aux révolutionnaires.

Puis venait l'exagération qui accompagne d'ordinaire les grandes catastrophes.

C'était, disait-on, à Paris que les contre-révolutionnaires en voulaient; tout ce qui avait trempé dans la Révolution y passerait. Si les Autrichiens ont enfermé à Olmutz La Fayette, qui avait voulu sauver le roi, ou plutôt la reine—et remarquez que l'enchanteresse avait successivement usé Mirabeau, La Fayette et Barnave—, à plus forte raison réagiraient-ils contre les trente mille personnes qui avaient été chercher le roi à Versailles; contre les vingt mille qui avaient ramené le roi de Varennes; contre les quinze mille qui avaient envahi le château le 20 juin et contre les dix mille qui l'avaient forcé le 10 août.

On les exterminera depuis la première jusqu'à la dernière.

La mise en scène était déjà arrêtée.

Dans une grande plaine déserte—il n'y a pas de plaine déserte en France, mais les souverains ayant dit: «Les déserts valent mieux que les peuples révoltés,» on en ferait une; et les Parisiens indiquaient la plaine Saint-Denis, où l'on brûlerait tout, moissons, arbres, maisons—, on dresserait un trône à quatre faces: un pour Léopold, un pour le roi de Prusse, un pour l'impératrice de Russie, l'autre pour M. Pitt. Sur ces quatre faces, on dresserait quatre échafauds. La population, vil bétail, serait chassée alors aux pieds des rois alliés. Là, comme au jugement dernier, on séparerait les bons des mauvais, et les mauvais (les révolutionnaires, bien entendu), on les guillotinerait.

Mais, à peu d'exceptions près, les révolutionnaires, c'était tout le monde, c'étaient les cent mille hommes qui avaient pris la Bastille, c'étaient les trois cent mille hommes qui s'étaient juré fraternité au Champ de Mars, c'étaient tous ceux qui avaient mis la cocarde tricolore à leur oreille.

Et ceux qui voyaient plus loin se disaient:

«Hélas! c'est non seulement la France qui périra, mais la pensée de la France; c'est la liberté du monde qui sera étouffée dans son berceau, c'est le droit, c'est la justice.»

Et toutes ces menaces qui épouvantaient Paris réjouissaient la reine.