Une nuit, raconte Mme Campan—qui n'est pas suspecte de jacobinisme—, une nuit que la reine veillait, c'était quelques jours avant le 10 août, et que, à travers les persiennes de la fenêtre de sa chambre restée ouverte, selon l'habitude qu'elle en avait fait prendre, elle suivait la marche de la nuit, elle appela deux fois Mme Campan, qui couchait dans sa chambre.

Mme Campan lui répondit.

La reine, au clair de lune, s'efforçait de lire une lettre; cette lettre lui apprenait la prise de Longwy et la marche rapide des Prussiens sur Paris.

La reine calcula les lieux, puis les jours, et, avec un soupir de satisfaction:

—Il ne leur faut que huit jours, et, avec huit jours, nous serons sauvés!

Ces huit jours écoulés, les Prussiens étaient encore à Longwy et la reine au Temple.

C'étaient tous ces événements, dont le bruit était parvenu jusqu'à Argenton, qui avaient porté le parti populaire à demander des conseils à Jacques Mérey.

XVII
L'homme propose

Le lendemain, vers neuf heures du matin, Jacques Mérey étant à son laboratoire et Éva à son orgue, on entendit au bout de la rue une grande rumeur qui allait s'approchant.

Cette rumeur n'avait rien d'inquiétant, car c'étaient les cris de joie qui y dominaient particulièrement.