L'exécution était fixée pour neuf heures; elle devait se faire aux flambeaux pour produire une plus grande impression.

À huit heures trois quarts, on commença d'entendre les roulements du tambour, qui, détendu à dessein, rendait ce son sourd et funèbre qui accompagne les convois.

Bientôt les premières torches parurent à la porte du Carrousel qui donne sur la Seine. Le condamné venait de la Conciergerie, et, pour surcroît de peine, il devait être exécuté devant ce palais qu'il avait, pendant près de quarante ans, habité avec le maître pour lequel il allait mourir.

La charrette où il était amené était entourée d'escadrons de cavalerie; en tête du cortège marchaient une soixantaine de sans-culottes portant des torches.

Le carré de soldats s'ouvrit pour laisser passer la charrette et son conducteur, assis sur le timon.

Le condamné était seul dans le fatal tombereau; il avait refusé un prêtre assermenté, et nul n'ayant prêté serment n'avait osé risquer sa tête à l'accompagner sur l'échafaud. Il était en chemise, en culotte et en bas de soie noire; le col de sa chemise était coupé au ras des épaules et ses cheveux au ras de la nuque.

Il regarda avec tristesse, mais non avec crainte, l'échafaud dressé devant lui.

—Est-il temps de descendre? demanda-t-il à haute voix.

—Attendez que l'on vous aide, cria un des valets.

—Inutile, répondit le patient, et, pourvu qu'on me mette le marchepied, je descendrai seul.