—Monsieur, dit-il, je crois qu'il y a un moyen plus sûr que celui-là; et, si vous répugnez à en faire l'épreuve, laissez ce brave garçon, qui ne me paraît pas d'une sensibilité alarmante, faire l'épreuve à votre place. Aussitôt la tête coupée, qu'il la prenne par les cheveux et qu'il lui crie son nom à l'oreille. Il verra bien à l'œil du décapité s'il a entendu.
—Oh! si ce n'est que ça, dit Legros, ce n'est pas bien difficile.
—Monsieur, dit Sanson, je tenterai l'épreuve moi-même, pour vous être agréable et pour vous prouver ma reconnaissance, et, ce soir, un mot de moi que vous trouverez à l'hôtel vous en dira le résultat.
Peut-être la conversation eût-elle duré plus longtemps, mais un coup de canon que l'on entendit indiqua que la fête des morts commençait.
Le 27 août était, on se le rappelle, consacré à cette fête.
L'ordonnateur de ces sortes de solennités était un des administrateurs de la Commune. Il se nommait Sergent.
C'était un artiste, non pas précisément dans son art—de son art il était graveur et dessinateur—, mais artiste en fêtes révolutionnaires; son patriotisme, un peu exagéré peut-être, était l'inépuisable volcan auquel il demandait ses inspirations sombres, lugubres, splendides, à la hauteur des fêtes qu'il avait à célébrer.
C'était lui qui, aux désastreuses nouvelles venues de l'armée, avait, le 22 juillet 1792, proclamé la patrie en danger.
C'était lui qui, le 27 août de la même année, un mois à peine après cette proclamation, venait d'organiser la fête des morts.
Au milieu du grand bassin des Tuileries, une pyramide gigantesque couverte de serge noire avait été dressée.