Sur cette pyramide étaient tracées en lettres rouges des inscriptions rappelant les massacres de Nancy, de Nîmes, de Montauban, du Champ de Mars, imputés, comme on le sait, aux royalistes.

C'était pour faire pendant à cette pyramide que la guillotine était restée debout.

On avait réservé pour cette journée trois exécutions capitales, elles faisaient partie du programme de la fête.

À onze heures du matin, sortirent de la Commune de Paris, c'est-à-dire de l'hôtel de ville, entourées d'un nuage d'encens et, comme eût fait une théorie athénienne dans la rue des Trépieds, marchant au milieu des parfums, les veuves et les orphelines du 10-Août, en robes blanches, serrées de ceintures à la taille, portant dans une arche, sur le modèle de l'arche d'alliance, cette fameuse pétition du 17 juillet 1791 qui hâtivement avait demandé la République, et qui reparaissait à son heure comme les choses fatalement décrétées.

De temps en temps, une femme vêtue de noir marchait seule, portant une bannière noire, sur laquelle étaient écrits ces trois mots: MORT POUR MORT.

Après cette procession lugubre et menaçante, comme pour répondre à son appel, marchait ou plutôt roulait une statue colossale de la Loi, assise dans un fauteuil et tenant son glaive.

Derrière la Loi, venait immédiatement le terrible tribunal révolutionnaire institué le 17 août et qui approvisionnait déjà la guillotine.

Mêlée au tribunal, toute la Commune s'avançait, conduisant la statue de la Liberté.

Puis enfin les juges et les tribunaux chargés de défendre cette liberté au berceau, et au besoin de la venger.

Les deux statues s'arrêtèrent un instant de chaque côté de la guillotine pour voir tomber la tête d'un condamné, et continuèrent leur chemin.