Il serait difficile, sans l'avoir vu, de se faire une idée de ce qu'était un pareil cortège s'avançant à travers une population morne de tristesse ou ivre de vengeance, accompagné des chants de Marie-Joseph Chénier et de la musique de Gossec.
Jacques Mérey regarda défiler le cortège lugubre; puis, sentant que la douleur publique égalait sa douleur privée, avec un triste sourire sur les lèvres, il prit le chemin de la demeure de Danton.
Danton et Camille Desmoulins, ces deux amis que la mort elle-même qui sépare tout ne put séparer, demeuraient à quelques pas l'un de l'autre.
Danton occupait un petit appartement du passage du Commerce, au premier étage d'une sombre et triste maison qui faisait et fait probablement encore aujourd'hui arcade entre le passage et la rue de l'École-de-Médecine.
Camille Desmoulins demeurait au second étage d'une maison de la rue de l'Ancienne-Comédie.
Ce fut chez Danton que Jacques Mérey se présenta d'abord. Le député de Paris n'était point chez lui. Le docteur n'y trouva que Mme Danton.
Jacques Mérey lui était complètement inconnu de visage; mais, à peine se fut-il nommé, que Mme Danton, qui avait souvent entendu parler de lui comme d'un homme du plus grand mérite, l'accueillit en ami de la maison et le força de s'asseoir.
Danton venait d'être nommé, depuis trois jours seulement, ministre de la Justice, ce qu'ignorait encore Jacques Mérey. Et il était en train de s'installer dans son ministère.
Quant à sa femme, elle hésitait à abandonner son modeste appartement, répétant sans cesse à son mari: «Je ne veux pas habiter l'hôtel de la justice; il nous y arrivera malheur.»
Qu'on nous permette, puisque nous allons pendant quelque temps vivre avec de nouveaux personnages, de peindre, au fur et à mesure qu'ils se présenteront à nous, les personnages avec lesquels nous allons vivre.