Danton, qui n'était point chez lui, et que nous retrouverons comme Orphée prêt à être déchiré par des bacchantes, était d'Arcis-sur-Aube; avocat au conseil du roi, mais avocat sans cause, il se maria avec la fille d'un limonadier établi au coin du pont Neuf. Dans cette union, c'était la femme qui apportait pour dot sa confiance dans l'avenir; non seulement elle avait rêvé, mais elle avait deviné le plus puissant athlète révolutionnaire qui dût combattre et renverser la royauté.
Était-ce pour cela, était-ce parce qu'elle était grande, calme et belle comme la Niobé antique, que Danton l'adorait? Non. C'était probablement parce que, la première, elle avait eu foi en lui.
L'Orient a dit: la femme, c'est la fortune.
Cette première femme de Danton, ce fut sa fortune à lui, tant qu'elle vécut.
Nous avons vu plus tard un second exemple de bonheur porté par la femme: Napoléon fut invulnérable tant qu'il fut l'époux de Joséphine.
Les premières années du mariage de Danton avaient été dures. L'argent manquait souvent dans le jeune ménage; alors, on allait s'asseoir à la table du limonadier, et si la table du limonadier était trop surchargée par la présence des deux jeunes époux, le ménage émigrait une seconde fois et s'en allait à Fontenay-sous-Bois, près Vincennes.
Danton avait été nommé membre de la Commune de Paris, et en opinions violentes il atteignait les plus exagérées de ses confrères.
C'est grâce à cette violence et surtout à ces paroles prononcées à la tribune: «Que faut-il pour renverser les ennemis du dedans et repousser les ennemis du dehors? De l'audace, de l'audace, et encore de l'audace!» qu'entre l'invasion et le massacre, il avait obtenu la terrible, nous dirons presque la mortelle faveur, d'être ministre de la Justice.
Il venait encore de recevoir une formidable mission.
La trahison de Longwy près de s'accomplir, la trahison de Verdun que l'on craignait, avaient fait voter par l'Assemblée nationale une levée de trente mille volontaires à Paris et dans les environs.