À la vue de ces pleurs roulant sur le visage de Danton, les femmes bouleversées n'y purent tenir plus longtemps: les unes l'arrachèrent de la borne et le serrèrent entre leurs bras; les autres s'enfuirent en cachant leur visage dans leur tablier.
Jacques Mérey avait vu toute cette scène depuis le commencement jusqu'à la fin. D'abord, il s'était tenu à l'écart, prêt à porter secours à son ami, si besoin était; puis il avait admiré cette prodigieuse éloquence qui savait se plier à toutes les circonstances, parlementaire à la tribune, populaire sur la borne; il avait entendu ses premières paroles burlesques, violentes, obscènes; il avait vu ce masque effrayant s'animer et s'embellir de sa fureur vraie ou simulée; il avait senti pénétrer jusqu'au fond de son cœur ces syllabes brusques dardées comme des coups d'épée, puis, quand Danton pleura, lui, laissa tout naturellement couler ses larmes.
Danton, débarrassé de ces femmes, s'essuya le visage, vit Jacques Mérey à dix pas de lui, le reconnut et se précipita dans ses bras.
Danton, nous l'avons dit, se rendait à l'Assemblée nationale. Les premiers mots, les premières preuves d'affection échangées entre les deux amis:
—Il n'y a pas de temps à perdre, dit Danton à Jacques; je vais à l'Assemblée pour y provoquer une mesure de la plus haute importance; viens avec moi.
L'Assemblée était dans une grande agitation: des nouvelles venaient d'arriver de Verdun. L'ennemi était à ses portes et le commandant Beaurepaire avait fait le serment de se faire sauter la cervelle plutôt que de se rendre. Mais on assurait qu'il y avait dans la ville un comité royaliste qui forcerait la main au commandant Beaurepaire.
À la vue de Danton, un grand murmure se fit.
Danton ne parut pas même l'entendre.
Il monta à la tribune, et, sans trouble, sans hésitation, il demanda les visites domiciliaires.
Une opposition très vive éclata, on parla de la liberté compromise, du domicile violé, du secret du foyer mis au grand jour.