On lui apporta sur une assiette un billet proprement plié et cacheté de cire noire. Le cachet représentait une cloche fêlée avec cette devise: SANS SON.

À ce cachet noir, à ce jeu de mots lugubre qui servait à indiquer que l'épître venait du bourreau, Jacques Mérey devina ce que contenait la lettre.

C'était l'éclaircissement qu'il avait demandé à l'exécuteur sur la persistance de la vie après la séparation de la tête et du corps.

Il ne se trompait pas. Voici la brève explication que contenait la lettre:

Citoyen,

J'ai fait l'épreuve moi-même. Ayant tranché la tête à un condamné nommé Leclère, j'ai saisi, au moment où elle allait tomber dans le panier, la tête par les cheveux, et ayant approché son oreille de ma bouche, j'ai crié son nom. L'œil fermé s'est rouvert avec l'expression de l'effroi, mais s'est refermé presque aussitôt.

L'épreuve n'en est pas moins décisive; la vie persiste, c'est du moins mon avis.

Celui qui n'ose se dire votre serviteur,

SANSON.

Cette presque certitude flatta l'amour-propre de Jacques Mérey, puisqu'elle confirmait son opinion; mais elle lui ôta quelque peu de son appétit.