C'était une sommation de rendre la ville.

J'ai cherché inutilement dans Thiers et dans Michelet la sommation faite à la ville par le duc de Brunswick. Plus heureux qu'eux, lorsque je me suis rendu à Verdun pour y chercher la trace de mes héros, j'ai retrouvé cette sommation entière. Comme on y rencontre le caractère orgueilleux du Prussien, et ses menaces farouches suivies de cet inexplicable repos, incompréhensible pour tous ceux qui n'en ont pas reconnu comme nous la véritable cause, c'est-à-dire le suicide de la volonté dans l'excès des plaisirs, nous donnons ici cette sommation tout entière.

La voici:

Les sentiments d'équité et de justice qui animent Leurs Majestés l'empereur et le roi de Prusse, ont suspendu les opérations qu'elles auraient pu ordonner pour mettre sur-le-champ la ville en leur pouvoir. Elles désirent prévenir autant qu'il est en elles l'effusion du sang. En conséquence, j'offre à la garnison de livrer aux troupes prussiennes les portes de la ville et celles de la citadelle, de sortir dans les vingt-quatre heures avec armes et bagages, à l'exception de l'artillerie. Dans ce cas, elle et les habitants seront mis sous la protection de Leurs Majestés Impériale et Royale; mais si elles rejetaient cette offre généreuse, elles ne tarderaient pas d'éprouver les malheurs qui seraient les suites naturelles de ce refus: elles seraient soumises à une exécution militaire et les habitants livrés à toutes les fureurs du soldat.

BRUNSWICK.

Marceau rassembla ses hommes. Jacques Mérey se mit à la tête des notables dans les rangs des gardes nationaux, et l'on se massa derrière la porte de France, de manière qu'il n'y eût plus qu'à l'ouvrir au moment donné. Une sentinelle placée sur les remparts devait indiquer le moment où Galbaud attaquerait de son côté.

Au premier coup de fusil des tirailleurs de Galbaud, la porte s'ouvrit; la cavalerie se porta en avant et l'infanterie de la garnison et la garde nationale se jetèrent de chaque côté par Jardin-Fontaine et Thierville.

À la côte de Varennes, on rencontra l'ennemi.

Par malheur, il avait eu le temps de faire filer sur ce point des renforts considérables, et particulièrement la cavalerie des émigrés.

Le combat fut acharné des deux côtés; les deux troupes patriotes furent lancées à plusieurs reprises l'une au-devant de l'autre. Jacques Mérey en arriva un moment à voir reluire les baïonnettes de Galbaud; mais rien ne put rompre la haie vivante placée entre les deux armées pour les empêcher de se rejoindre.