—Eh bien, messieurs, dit-il, j'avais fait le serment de mourir plutôt que de me rendre; survivez à votre honte et à votre déshonneur, puisque vous le voulez, mais, moi, je serai fidèle à mon serment. Voilà mon dernier mot. Je meurs libre. Citoyen Jacques Mérey, tu rendras pour moi témoignage.
Et, tirant un pistolet de sa poche, avant qu'on eût eu le temps, non seulement de s'opposer à son dessein, mais encore de le deviner, il se brûla la cervelle.
Jacques Mérey reçut dans ses bras ce martyr de l'honneur.
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Le lendemain, tandis que les jeunes filles de Verdun, couvertes de voiles blancs, jetant des fleurs sur la route que devait suivre le roi de Prusse pour se rendre à l'hôtel de ville et portant des dragées dans des corbeilles, allaient ouvrir au vainqueur la porte de Thionville, la garnison sortait avec les honneurs de la guerre par la porte de Sainte-Menehould, escortant un fourgon attelé de chevaux noirs où se trouvait le cadavre de Beaurepaire enseveli dans un drapeau tricolore.
Elle ne voulait pas laisser le cadavre du héros prisonnier des Prussiens.
Le bataillon d'Eure-et-Loir formait l'arrière-garde et, le dernier, marchait Marceau, son commandant.
L'avant-garde prussienne suivit l'armée française jusqu'à Livry-la-Perche pour observer Clermont.
Là, elle s'arrêta.
Alors Marceau, se dressant sur ses étriers, leur envoya au nom de la France cet adieu menaçant: