Mais les corps administratifs et judiciaires envoyèrent une députation composée de vingt-trois membres porteurs d'une supplique dans laquelle ils disaient que, pour éviter la ruine entière et la subversion totale de la place, il leur paraissait indispensable d'accepter les conditions offertes à la garnison de la part du duc de Brunswick au nom du roi de Prusse, puisque cette capitulation conservait à la nation sa garnison et ses armes: tandis que la ruine de la ville ne serait d'aucune utilité à la patrie.
On lut cette lettre devant Marceau, qui se trouvait là par hasard. Il se leva.
—Et moi, dit-il, au nom de l'armée, au nom de mon bataillon, au mien, je demande que la ville profite des dix-huit heures de trêve qui lui restent pour se mettre en état de résister aux coalisés.
Mais, comme si cette réponse avait été entendue de la rue, des plaintes, des gémissements, des lamentations montèrent jusqu'aux fenêtres de la salle du conseil, qui étaient ouvertes. C'était un chœur d'enfants, de femmes, de vieillards rassemblés sur les degrés de l'hôtel de ville pour joindre leurs larmes et leurs supplications aux vœux secrets de ceux des membres défensifs qui étaient pour la reddition de la ville. Ces vœux ne tardèrent point à se formuler, et le conseil se sépara ou plutôt proposa de se séparer, en remettant au lendemain la rédaction de la capitulation.
Jacques Mérey avait les yeux fixés sur Beaurepaire, il le vit pâlir légèrement:
—Pardon, citoyens, dit-il, est-il bien décidé dans vos esprits, je ne dirai pas dans vos cœurs, que malgré ce qui vous a été dit de la nécessité pour la France que Verdun tienne, vous êtes dans l'intention de rendre la ville?
—Nous reconnaissons l'impossibilité de la défense, répondirent les membres du conseil d'une seule voix.
—Et si je ne pense pas comme vous, si je refuse cette capitulation? insista Beaurepaire.
—Nous ouvrirons nous-mêmes les portes de Verdun au roi de Prusse, et nous nous en remettrons à sa générosité.
Beaurepaire jeta sur ces hommes un regard de mépris terrible: