À huit heures, Mérey et ses cinq cents hommes voyaient à un quart de lieue, à travers les arbres, les feux des bivouacs qui coupaient la forêt sur toute la ligne du défilé, mais qui se groupaient plus nombreux autour du village de Longwée où était le quartier général du prince de Ligne.

Chaque soldat posa son sac à terre, s'assit sur son sac, mangea un morceau de pain, but une goutte d'eau-de-vie, et plein d'impatience attendit.

Vers dix heures, on entendit les premiers coups de fusil échangés entre les avant-postes autrichiens et l'avant-garde française.

Puis, dix minutes après, le grondement du canon annonça que l'artillerie venait de se mêler de la partie.

Dès les premiers coups de fusil, la petite colonne conduite par Jacques avait vu un grand trouble se manifester sur toute la ligne du défilé; on voyait à la lueur des feux les soldats saisir leurs armes et courir du côté de l'attaque.

Jacques avait toutes les peines du monde à maintenir ses hommes, mais ses instructions étaient précises: ne pas donner avant le premier coup de canon.

Ce premier coup de canon tant attendu se fit enfin entendre. Les soldats saisirent leurs fusils et, Jacques Mérey à leur tête, s'élancèrent.

—À la baïonnette! cria Jacques Mérey. Ne faites feu qu'au dernier moment!

Et tous s'élancèrent à ce cri magique de «Vive la nation!» qui, répété par l'écho de la forêt, eût pu faire croire aux Autrichiens et aux émigrés qu'il était poussé par dix mille voix.

Mais, pour combattre contre la France, les émigrés n'en étaient pas moins braves. Le cri de «Vive le roi!» répondit au cri de «Vive la nation!» Et, pareille à un tourbillon, une charge de cavalerie, conduite par un homme de trente à trente-cinq ans, portant l'uniforme de colonel autrichien, habit blanc, pantalon rouge, ceinture d'or, descendit du haut de la colline où le village était situé.