—Feu à vingt pas, et recevez les survivants sur vos baïonnettes!

Puis, d'une voix qui fut entendue de tous:

—À moi l'officier! cria-t-il.

Et, se plaçant au milieu du chemin, à la tête de la colonne, il attendit que les premiers cavaliers fussent à vingt pas de lui, ajusta l'officier, et fit feu.

Cinq cents coups de fusil accompagnèrent le sien.

Chacun s'était posté le plus commodément possible pour tirer; chacun avait visé à la lueur du feu des bivouacs. La chaussée ne permettait à la cavalerie de charger que sur huit hommes de front; mais les balles, en se croisant, avaient plongé des deux côtés dans les rangs; plus de cent chevaux et de deux cents cavaliers tombèrent.

Quant à l'officier, emporté par le galop de son cheval, il vint rouler auprès de Jacques Mérey, tué roide d'une balle au milieu de la poitrine.

La chaussée était tellement obstruée de cadavres d'hommes et de chevaux, que les derniers rangs ne purent franchir la barricade sanglante qui venait de se lever entre eux et les patriotes.

Quelques-uns des survivants, échappés au massacre, vinrent se jeter sur les baïonnettes et furent tués ou pris.

—Rechargez! cria Mérey, et feu à volonté!