Le peuple français avait admirablement compris le mot révolution. Il l'avait décomposé, il savait qu'il voulait dire: Propriété facile, à bon marché, à la portée de tous, un toit pour le pauvre, un foyer pour le vieillard, un nid pour la famille.

Au milieu des bravos suscités par cette promesse de l'Adamastor de la Chambre, deux voix protestèrent.

—J'eusse mieux aimé, dit Cambon, que Danton se bornât à sa première proposition, c'est-à-dire qu'il établît seulement le droit que le peuple a de voter sa constitution. Mais Danton est en opposition avec lui-même. Quand la patrie est en danger, a-t-il dit, tout appartient à la patrie. Qu'importe alors que la propriété subsiste si la personne périt!

Du groupe des girondins une voix, celle de Lassource, s'éleva:

—Danton, s'écria-t-il, en demandant que l'on consacre la propriété, la compromet. Y toucher, même pour l'affermir, c'est l'ébranler. La propriété est antérieure à la loi!

La Convention alla aux voix et les deux propositions de Danton furent résumées ainsi:

1º Il ne peut y avoir de constitution que lorsqu'elle est acceptée par le peuple;

2º La sûreté des personnes et des propriétés est sous la sauvegarde de la nation.

Ce fut alors que Manuel se leva et dit, en étendant la main avec ce geste qui commande l'attention et le silence:

—Citoyens, ce n'est pas tout! Vous avez consacré la souveraineté du vrai souverain, le peuple; il faut le débarrasser de son faux souverain, le roi.