À ces mots, une voix de droite s'écria:

—Le peuple seul doit juger.

Mais, à ces mots, Grégoire, l'évêque de Blois, se leva.

Grégoire avait eu une grande autorité dans la première assemblée où il avait siégé. Il s'y était trouvé le chef du clergé populaire. La fusion des ordres consommée, il avait été élu secrétaire à la presque unanimité, avec Mounier, Sieyès, Lally-Tollendal, Clermont-Tonnerre et Chapelier. Dans la Déclaration des droits de l'Homme, il fit inscrire celle de ses devoirs, et le nom de Dieu; le premier il avait adhéré à la constitution civile du clergé.

Les membres de la Constituante ne pouvaient être réélus à la Législative. Grégoire alors s'était établi dans son diocèse et avait publié ses lettres pastorales; enfin, à la presque unanimité encore, il avait été nommé à la Convention.

On attendait avec impatience les paroles qui allaient sortir de sa bouche dans cette grave question.

—Inutile d'attendre, dit-il; certes, personne ne proposera jamais de conserver en France la race funeste des rois. Nous savons trop bien que toutes les dynasties n'ont jamais été que des races dévorantes vivant de chair humaine. Mais il faut pleinement rassurer les amis de la liberté; il faut détruire ce talisman dont la force magique serait propre à stupéfier encore bien des hommes. Je demande donc que, par une loi solennelle, vous consacriez l'abolition de la royauté.

Au milieu des bravos et des cris frénétiques de toute l'Assemblée, d'accord en principe sur ce point, le montagnard Bascle se leva:

—Je demande, dit-il, que l'on ne précipite rien et qu'on attende le vœu du peuple.

Mais Grégoire, qui s'était rassis, se redressa à ces paroles, et, tirant du plus profond de son cœur cette terrible phrase, il la jeta au visage de son adversaire: