Et ce qu'il y a d'admirable dans ces hommes de 1792, c'est que tous lavèrent dans leur propre sang leurs erreurs ou leurs crimes.
Je mets à part Marat, dont le couteau de Charlotte Corday a fait justice, et qui n'était d'aucun parti.
Les girondins, qui causèrent la mort du roi, furent punis de cette mort par les cordeliers.
Les cordeliers furent punis de la mort des girondins par les montagnards.
Les montagnards furent punis de la mort des girondins par les hommes de thermidor.
Enfin ceux-ci se détruisirent entre eux.
Ce qu'ils ont fait de mal, ils l'ont emporté dans leurs tombes sanglantes.
Ce qu'ils ont fait de bon est resté.
Et tous, malgré leurs erreurs, leurs fautes, leurs crimes mêmes, étaient de grands citoyens, d'ardents amis de la patrie; leur amour jaloux pour la France les aveugla, ce fut cet amour frénétique qui en fit des Orosmane et des Othello politiques: ils haïrent et tuèrent parce qu'ils aimaient.
Mais, parmi ces sept cent quarante-cinq hommes, pas un traître, pas un concussionnaire. Rien de lâche en eux. Fondateurs de la république, ils l'avaient dans le cœur. La république, c'était leur foi, c'était leur espoir, c'était leur déesse. Elle montait avec eux dans la charrette, elle les soutenait dans le douloureux trajet de la Conciergerie à la place de la Révolution. C'était elle qui les faisait sourire jusque sous le couteau.