L'armée coalisée perdait deux ou trois cents hommes par jour de la dysenterie.

Cependant Sa Majesté Frédéric-Guillaume tint bon pendant douze jours.

Mais nul n'était, dans toute cette armée composée d'éléments divers, plus troublé que le roi de Prusse lui-même. Il y avait schisme dans son camp, guerre civile dans sa tente, combat dans son cœur.

Le roi avait une maîtresse qu'il adorait. Les femmes n'aiment pas la guerre; la comtesse de Lichtenau était à la tête du parti des pacifiques; elle s'était avancée jusqu'à Spa et n'osait aller plus loin.

Elle craignait pour la vie de son royal amant, bien plus encore pour son cœur; les fêtes qu'on lui avait données à Verdun, ces vierges voilées qui avaient été au-devant de lui avec des fleurs et des dragées, n'étaient aucunement rassurantes. On voile souvent les vilains visages; mais plus souvent encore les beaux. Elle écrivait au roi des lettres désespérées.

En échange, la nouvelle de l'échec de Valmy avait été reçue par le parti de la paix avec autant de joie que la trahison de Verdun avait causé de terreur. Brunswick, qui prenait ses soixante-huit ans, voyant que la campagne de France ne serait point, comme il l'avait cru, précisément une promenade militaire, aspirait au repos et à son duché, loin de se douter encore que son fameux manifeste les lui ferait perdre tous les deux. Le roi, de l'avis de Brunswick et des pacifistes, n'était plus retenu que par un certain respect humain. À toutes les observations des uns et des autres, et même de sa maîtresse, il répondit:

—Mais la cause des rois, mais la liberté de Louis XVI! c'est une affaire d'honneur qu'un roi ne saurait abandonner sans une suprême honte.

Puis, il faut le dire, les nouvelles arrivaient désastreuses pour la coalition. Le 21 septembre, abolition de la royauté et proclamation de la république; le 24, Chambéry ouvre ses portes; le 29, c'est Nice: la république, comme le Nil, commençait à déborder sur le monde pour le fertiliser.

Vers les derniers jours de septembre, le malaise devint intolérable dans l'armée des coalisés. Frédéric-Guillaume, que l'empereur d'Autriche et l'impératrice Catherine attendaient à la table splendide où ils dévoraient la Pologne, n'avait pas de quoi manger dans son camp.

Dumouriez lui envoya douze livres de café, c'est tout ce qu'il en avait lui-même.