La retraite fut un échange de bons procédés. Dillon seul, qui n'approuvait pas cette manière de faire la guerre, se fit donner deux ou trois fois sur les ongles en voulant serrer l'ennemi de trop près.

L'ennemi, on le caressait, on le choyait, on lui donnait du pain et du vin pour qu'il eût la force de gagner plus vite la frontière.

Verdun fut abandonné le 14, Longwy le 22.

Enfin, le 26 octobre, le dernier Prussien vivant repassait la frontière.

L'armée coalisée laissait trente-cinq mille morts pour engraisser les plaines de la Champagne.

XXIX
Une soirée chez Talma

Le 25 octobre de la même année, il y avait double fête, au théâtre des Variétés du Palais-Royal, où Monvel avait engagé nos meilleurs artistes, un peu effarouchés par les premiers événements de la révolution.

Mlle Amélie-Julie Candeille, qui était la maîtresse de Vergniaud, donnait la première représentation de sa pièce de la Belle Fermière, où elle jouait le rôle principal, et Dumouriez, le vainqueur de Valmy, devait venir au théâtre.

Enfin, après la représentation, artistes, comédiennes, auteurs et hommes politiques devaient se rencontrer chez Talma, dans la petite maison de la rue Chantereine qu'il venait d'acheter, et où il donnait une de ces soirées, moitié bal, moitié bel esprit, où l'on dansait et où l'on disait des vers.

Dumouriez était arrivé depuis quatre jours à Paris avec Jacques, chez lequel il avait trouvé un homme qui lui convenait sous tous les rapports.