Et elle repoussa la porte, qui se ferma seule.

Avant que Danton l'eût ouverte, elle avait gagné l'escalier.

D'ailleurs ce refus d'entrer dans une loge où se trouvait Mme Danton était une insulte. Danton adorait sa femme, et d'autant plus en ce moment, qu'elle avait déjà le cœur brisé par les journées de Septembre. Une violente palpitation la prit, à la suite de laquelle elle s'évanouit. Elle était déjà atteinte de la maladie dont elle mourut, d'une anémie. Une partie du sang versé le 2 septembre semblait être le sien.

Il avait un dernier espoir de revoir Roland chez Talma; quant à sa femme, à coup sûr elle n'y viendrait pas.

Danton passa sa soirée dans la même loge que Dumouriez, qui fut fort applaudi, mais beaucoup moins que s'il eût apparu au public entre Mme Roland et Vergniaud.

Dieu seul sait combien coûta de têtes cette vivacité de Mme Roland à refermer la porte de sa loge.

La pièce de Mlle Candeille, quoique appartenant à cette littérature molle et insipide de l'époque, eut un grand succès et resta au répertoire. Quarante ans après cette première représentation, j'y vis débuter Mlle Mante.

Le spectacle fini, l'auteur nommé au milieu des applaudissements, Danton chercha inutilement son ami Jacques Mérey pour lui confier sa femme, dont la santé commençait à l'inquiéter; mais Jacques Mérey, qui devait venir le joindre au spectacle, n'avait point paru.

Les deux hommes reconduisirent Mme Danton chez elle, la laissèrent passage du Commerce, et revinrent rue Chantereine, chez Talma.

La soirée était des plus brillantes. Talma était déjà à cette époque à l'apogée de sa réputation. Quoique appartenant par son opinion au club des Jacobins, quoique lié intimement avec David, l'ami de Marat, il appartenait par l'esprit, par l'art, par la littérature, à la Gironde, le plus élégant de tous les partis. Il en résultait qu'il réunissait chez lui hommes d'État, poètes, artistes, peintres, généraux, de toutes les opinions et de tous les partis.