Lorsque Dumouriez et Danton entrèrent, Mlle Candeille avait eu le temps de changer de costume et de venir recevoir les félicitations de ses camarades.

Ces félicitations étaient d'autant plus sincères que c'était un talent, comme poète, qui ne portait ombrage à personne.

Les nouveaux venus joignirent leurs compliments à ceux que Mlle Candeille était en train de recevoir, et, comme on venait de lui offrir une couronne de laurier, elle força Dumouriez de l'accepter.

Dumouriez la prit et alla la déposer sur un buste de Talma, où elle se fixa définitivement.

Talma présenta à Dumouriez tous ces hommes portant déjà des noms célèbres ou qui devaient le devenir. Tous ces noms étaient connus de Dumouriez, l'un des généraux les plus lettrés de l'armée; mais, éloigné par son état de la société parisienne, il ne connaissait que les noms.

Là étaient Legouvé, Chénier, Arnaud, Lemercier, Ducis, David, Girodet, Prud'hon, Lethière, Gros, Louvet de Couvrai, Pigault-Lebrun, Camille Desmoulins, Lucile, Mlle de Keralio, Mlle Cabarrus, Cabanis, Condorcet, Vergniaud, Guadet, Gensonné, Garat, Mlle Raucourt, Rouget de l'Isle, Méhulo, les deux Baptiste, Dazincourt, Fleury, Armand Dugazon, Saint-Prix, Larive, Monvel, tout l'art, toute la politique du temps.

Là enfin, Dumouriez, applaudi par tous, goûtait cette joie sans mélange du triomphateur au triomphe duquel ne se mêle pas la voix de l'esclave.

Il croyait du moins que la chose se passerait ainsi.

Tout à coup une rumeur sourde courut dans les salons; une inquiétude vague sembla s'emparer de tout le monde, et le nom de Marat, vingt fois répété, tomba sur les conviés du grand artiste, non pas comme des langues de feu, mais comme des gouttes d'huile bouillante.

—Marat! dit Talma, que vient-il faire ici? Que l'on m'appelle deux domestique, et qu'on me le mette à la porte!