La conduite du seigneur de Chazelay en face du tribunal qui le jugeait était celle d'un mauvais patriote, c'est vrai, mais d'un gentilhomme brave et loyal qui, ayant engagé son serment au roi, tient son serment à la rigueur.

Comment cette foi politique se trouvait-elle dans le même homme qui, vis-à-vis de lui, avait manqué à toutes les lois de la délicatesse?

C'est que la plupart du temps, chez l'homme, la conscience n'est qu'une affaire d'éducation; l'éducation de la noblesse en général lui traçait des devoirs pour ce qui était au-dessus d'elle, mais laissait la plus grande latitude pour ce qui était au-dessous.

Or, dans l'esprit du seigneur de Chazelay, un médecin de village était tellement au-dessous de lui, que sa conscience, qui lui avait si courageusement fait affronter la mort pour un principe politique, ne lui avait rien inspiré en faveur du grand principe moral qu'il avait violé.

Le droit divin n'était pas seulement pour les rois, il était aussi pour la noblesse, et, de même que le roi régnait de droit divin sur la noblesse, la noblesse régnait de droit divin sur ce qu'elle appelait le peuple.

—Pardon, lieutenant, dit le docteur, après avoir roulé pendant un instant ces pensées dans son cerveau et en avoir tiré les déductions que nous en avons tirées nous-même, mais ne m'avez-vous pas dit que trois lettres étaient jointes au dossier de M. de Chazelay?

—En effet, les voici, dit le jeune officier.

—Est-ce une indiscrétion que de demander à en prendre connaissance?

—Aucunement; j'ai ordre de vous communiquer les pièces, et même de vous en laisser prendre les copies.

—Ces lettres, disiez-vous, étaient de Mlle de Chazelay, ex-chanoinesse aux Augustines de Bourges.