Le second jour de mon arrivée à Bourges, on m'a fait asseoir à la fenêtre du jardin au lieu de me faire asseoir à celle de la rue. Là j'ai jeté un cri de joie et il m'a semblé qu'un rayon de lumière m'inondait et que je me trouvais en face de notre Éden. Il y avait une pelouse comme la nôtre, pas de tonnelle de tilleul, pas d'arbre de la science, et surtout pas de Jacques Mérey.
Ô mon bien-aimé, je n'ai qu'une pensée, je n'ai qu'une espérance, je ne fais à Dieu qu'une prière: Te revoir!
Si je ne te revois, je mourrai. Mais, sois tranquille, auparavant je ferai tout au monde pour te rejoindre.
Je procède de toi, j'allais à toi, sans toi il n'y a plus de moi.
ÉVA.
—Oh! monsieur, s'écria Jacques Mérey, vous avez dit, n'est-ce pas, que je puis copier les pièces dont je désirerais avoir le double?
—Faites mieux, interrompit le jeune officier qui comprenait le désir du docteur, laissez-nous copie de cette lettre, que vous certifierez conforme, et gardez l'original.
Jacques Mérey jeta les bras au cou du jeune officier, voulut lui répondre pour le remercier, mais les larmes étouffèrent sa voix.
Il baisa vingt fois la lettre d'Éva, puis, d'une main tremblante, il commença à la copier.
La lettre copiée, il l'appuya sur son cœur.