—Monsieur, dit-il au jeune officier, je n'oublierai jamais ce que vous venez de faire pour moi.

L'officier paraissait avoir quelque chose à lui dire. Mais il hésitait.

Jacques vit son hésitation et la comprit.

—Monsieur, lui dit-il, je n'ai pas besoin de vous dire que j'aime la fille de M. de Chazelay et que c'est moi qu'elle aime. Cette lettre que la mort de son père fait passer dans mes mains d'une si douloureuse façon m'était adressée, comme mon nom deux fois répété dans la lettre en fait foi. Je vais rentrer en France et faire tout au monde pour revoir la pauvre enfant qui sans moi est perdue. Savez-vous quelque chose de plus que ce que vous m'avez dit?

—Monsieur, répondit le jeune officier, je me compromets en vous avouant tout cela; mais je suis sûr que vous me garderez le secret. C'est moi qui ai commandé le feu le matin de l'exécution, et, sur le terrain même où elle allait avoir lieu, M. de Chazelay m'a remis une lettre pour sa sœur, en me priant de la lui faire passer comme sa volonté dernière. Je lui ai promis de mettre la lettre à la poste, et je lui ai tenu ma parole.

—Et, demanda Jacques Mérey, en recevant votre promesse, il n'a rien dit?

—Il a murmuré ces mots: «Peut-être arrivera-t-elle à temps.»

Jacques Mérey sonna, baisa une dernière fois la lettre d'Éva, la mit sur son cœur, embrassa le jeune officier, fit mettre des chevaux de poste à sa voiture, passa au quartier général pour remercier Custine et lui serrer la main; puis, avec le même laconisme que, trois jours auparavant, il avait dit: Route d'Allemagne, il dit: Route de France.

Et la voiture partit avec une égale rapidité.

XXXI
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