—Citoyens, dit-il, je demande à faire une motion. La patrie ne peut être sauvée que par l'égorgement des traîtres. Cette fois il faut faire maison nette: tuer les ministres perfides, les représentants infidèles.
À ces mots, une femme qui écoutait des tribunes descendit rapidement l'escalier qui conduisait à la porte du club, et allant sur les premières marches de celui qui remontait à la rue, elle heurta un homme qui se précipitait dans le club.
Deux noms s'échangèrent:
—Danton! s'écria cette femme.
—Lodoïska! murmura Danton.
Mais il ne s'arrêta point, il ne lui adressa point la parole. Elle, de son côté, s'enfuit comme plus épouvantée qu'auparavant.
Danton comprit pourquoi cette femme fuyait.
C'était la maîtresse de Louvet, c'était celle dont il avait mis le nom et tracé le portrait dans son roman de Faublas, c'était celle enfin qui, compagne de sa fuite et de son exil, devait, essayant de le suivre jusque dans la tombe, boire à l'heure de sa mort les six potions d'opium que le malade devait boire en six nuits.
La dose était trop forte, l'estomac de la femme dévouée ne put la supporter; elle la rejeta et fut sauvée malgré elle.
Danton avait compris. On décrétait la mort des girondins; Lodoïska, présente, se sauvait pour annoncer à son amant et à ses amis le complot qui s'organisait contre eux et que lui-même avait découvert à Jacques.