En le voyant, la terreur de la pauvre femme s'était augmentée; elle croyait Danton l'ennemi de la Gironde.
Danton, au contraire, qui faisait en ce moment tout ce qu'il pouvait pour se rapprocher d'elle, venait pour sauver les girondins.
Il se précipita dans la salle. Un cri d'étonnement sortit de toutes les bouches. Le cordelier Danton chez le jacobin Robespierre! le chasseur entrait dans l'antre du tigre.
Mais lui, l'athlète au bras puissant et à la voix tonnante, eut bientôt écarté ceux qui s'opposaient à son entrée et fait taire ceux qui ne voulaient point qu'il parlât.
Une fois à la tribune, il était maître de l'assemblée.
Alors il expliqua à tous ces hommes qu'en voulant sauver la patrie ils allaient la perdre; que ce n'était pas par des assassinats et des égorgements qu'on rétablissait la tranquillité et la confiance publiques; que ce n'était point des martyrs qu'il fallait faire, mais des coupables qu'il fallait frapper; il leur annonça qu'un tribunal révolutionnaire venait d'être voté; qu'à ce tribunal seul désormais appartiendrait la connaissance des délits politiques. Puis l'habile orateur, après quelques louanges à leur patriotisme, après une excitation de rejoindre promptement l'armée, après le serment fait par lui, Danton, eux partis, de veiller sur la République, il les convia à aller fraterniser aux cordeliers, où Camille Desmoulins, prévenu, les attendait.
Et eux, changés tout à coup:
—Il a raison, dirent-ils. Vive la Nation!
Et ils s'éloignèrent pour aller fraterniser avec les cordeliers.
En un seul bond, Danton fut des jacobins à la Convention, de la rue Saint-Honoré aux Tuileries.